« Monter avec sa classe » mon bilan

À cette période, l’an dernier, j’ai décidé de tenter une expérience nouvelle : « monter avec sa classe », c’est-à-dire, suivre mes élèves de CE2 en CM1. Aujourd’hui, je vais tâcher de faire le bilan de cette expérience. Tout d’abord, je dois vous dire quelles étaient mes motivations. J’avais, vous l’aurez deviné, une classe des plus agréables, avec des élèves travailleurs, bien suivis à la maison et un effectif appréciable (24 à ce moment-là).  Cette chouette classe, je n’en avais qu’assez peu profité, étant donné mon congé maternité. Je me suis dit, et pourquoi pas ? Sortir de mes confortables habitudes (7 ans de CE2) en douceur : changer de niveau mais connaître déjà ses élèves… C’était l’occasion.

Je précise que je suis, bien sûr, montée avec l’intégralité de mon effectif. Il n’était pas question pour moi de choisir parmi mes élèves ceux qui… 🤢 Beurk, impensable. Je suis donc arrivée en CM1 avec 23 élèves connus (1 déménagement), auxquels se sont ajoutés 3 nouveaux. Voici donc mon petit bilan pour ceux qui voudraient tenter l’expérience.

  • Les avantages
  1. Le temps gagné

Comme on peut aisément l’imaginer, commencer l’année avec des élèves qui connaissent notre fonctionnement, nos habitudes de présentation, nos attentes en terme de comportement cela facilite grandement les choses. Ce qui, à la rentrée, demande du temps à mettre en place, n’aura qu’à être rafraîchi. De nombreux implicites – inconnus parfois de nous-mêmes ! – ont aussi imprégné les élèves l’année précédente. Tout cela donne l’impression que « ça roule » tellement plus vite !

  1.   Savoir ce qui a été vu l’an dernier…

Non négligeable : tous les élèves ont fait la même chose l’an dernier et pour cause, tous étaient dans la même classe. Non seulement ils ont tous travaillé les mêmes compétences, mais en plus, ils l’ont fait de la même manière (différenciation pédagogique mise à part). Qui n’a pas jonglé avec des élèves qui utilisent différentes méthodes de soustraction ou qui se sont tous arrêté à un stade différent en histoire…

  1.  Sa connaissance des élèves

C’est ce que je considère comme étant l’avantage principal. La connaissance qu’on a des élèves nous permet de faire des groupes plus facilement, de différencier immédiatement (et non dans un second temps) parce qu’on sait que Bidulette aura besoin de telle approche et Machinou de tel geste. De leur côté, les élèves qui en ont besoin osent plus facilement demander de l’aide car ils sont en confiance.

  • Les difficultés à prévoir
  1. Les relations entre élèves

Les relations entre élèves sont toujours un point à prendre en considération. Je ne suis pas de celles et ceux qui pensent que cette dimension ne nous concerne pas, que nous -enseignants- n’avons qu’à enseigner. Gérer le relationnel, voire, apprendre aux élèves à s’entendre, à coopérer, à vivre ensemble, fait pour moi partie de notre mission. Des relations très tendues entre certains élèves peuvent peser sur l’ambiance générale et, évidemment, sur deux années, les choses ne s’améliorent pas forcément 😉 Raison de plus pour s’en préoccuper car les enfants ne s’en sortiront pas sans aide.

  1. La réaction des collègues

Cela, je ne m’y attendais pas. Garder ses élèves peut susciter le ressentiment des collègues. En effet certains imaginent que si on garde ses élèves c’est qu’ils sont formidables et que donc, les leurs… D’autres encore invoqueront le manque de mixité parmi les élèves, ce qui revient au même. Il faut savoir que la montée pédagogique est une priorité et ne peut pas être freinée. Les collègues devront s’adapter mais il vaut peut-être mieux tâter le terrain pour savoir comment votre choix sera perçu. Entendre toute l’année « Mes élèves sont plus en difficulté que les tiens » ou « J’ai les élèves les plus difficiles » et se voir accusé de tous les maux ce n’est pas toujours agréable…

3. Sa connaissance des élèves

Plus je connais mes élèves, plus je m’attache. Plus je m’attache, plus je comprends. Plus je comprends, moins je sanctionne/réprimande… Les élèves de leur côté, sont bien plus « à l’aise » qu’en septembre dernier… L’ambiance de classe a évolué en conséquence. Personnellement, je la trouve très agréable et « naturelle » mais elle ne serait peut-être pas du goût de tout le monde… Mes élèves travaillent sans crainte et avec plaisir. Pourquoi diable ai-je mis ce paragraphe dans la partie « difficultés à prévoir » ? Ah oui, pour une autre raison, pédagogique, celle-ci. Quand on garde ses élèves d’une année sur l’autre, il faut faire attention à ce que ceux-ci puissent repartir à zéro. Chaque rentrée est l’occasion pour certains de se « racheter une conduite » ou de « devenir bon élève ». C’est très important. Ils doivent pouvoir le faire aussi. On peut même leur faire comprendre en début d’année…

  • Les questions à se poser
  1. Comment vont réagir les enfants ? leurs parents ?

Est-on jamais certain que ce choix va plaire à tout le monde ? …

  1. Comment faire évoluer la vie de la classe   ?

Personnellement, afin de renouveler l’intérêt et le plaisir des élèves, j’ai changé de fonctionnement de classe (et me suis lancée dans une gestion de classe Harry Potter, avec îlots/maisons, points par équipe, monnaie de classe, tout cela découvert chez Mallory). JE conseille vivement ce fonctionnement : magique !

Voilà mon petit bilan, globalement très positif ! L’an prochain, je retourne en CE2 😉

Mélimélune

PS : N’hésitez pas, en commentaire, à partager votre expérience personnelle.

 

 

 

20 Commentaires

  1. Brown Bear

    Eh bien je me posais justement la question… j’avais très envie de garder mes ce2-cm1 justement parce que ça roule et que j y ai beaucoup travaillé. J’ai pensé aux difficultés que tu évoques sans savoir si c’était fondé. Tu confirmes qu’elles existent bien. Quant à la réaction des collègues, je n’y aurais pas pensé… mais ça ne m’etonne pas trop …
    Merci pour ce partage !

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    1. melimelune (Auteur de l'article)

      J’espère t’avoir plutôt donné envie que l’inverse !

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  2. Ayleen & Kyban

    Tu dis que monter avec sa classe est prioritaire ? Ça peut être sympa d’alterner entre 2 niveaux en gardant 2 ans la même classe. Une alternative ce serait un double niveau et on garde le groupe du niveau inférieur d’une année sur l’autre.

    En tout cas merci pour ton partage d’expérience.

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    1. melimelune (Auteur de l'article)

      Oui j’aimerais beaucoup alterner un an sur l’autre malheureusement ce n’est possible que dans les écoles stables… Ce qui n’est pas le cas chez moi…

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      1. Ayleen & Kyban

        Stable en effectifs ?

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        1. melimelune (Auteur de l'article)

          Et stable en collègues…

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          1. Ayleen & Kyban

            Dans mon école on mettait la priorité aux plus anciens de l’école donc tant que toi tu y restais c’était bon, même quand l’équipe bouge. Après ce n’est pas forcément l’idéal mais ça semble favoriser une certaine stabilité.

  3. Mireille Hombau

    Dans notre école (Belgique), nous fonctionnons toujours par cycle de 2 ans. Indépendamment de tout ce que vous avez dit, certaines compétences peuvent plus être travaillées selon la maturité des enfants…

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    1. melimelune (Auteur de l'article)

      Ça doit très bien fonctionner !

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  4. Cecilez

    Coucou, après 15 ans en CE2, CM1, CM2, je confirme tout ce que tu dis. Ceci dit, ce n’était pas un choix puisque c’était une école rurale. Le hic, c’était seulement que les groupes pas sympas, tu étais sûre de les garder 3 ans.En revanche, les « grands » expliquaient aux « entrants » de CE2 tout le fonctionnement, ça roulait presque tout seul après quelques années de rodage de ma part tout de même, je ne dis pas que j’ai rigolé tous les jours au début.
    Je ne savais pas que c’était un droit de garder ses élèves. Tu confirmes ?

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  5. Nannemiel

    Comme l’était Cécilez, je suis en CE2, CM1 CM2 depuis 17 ans (pfiou !) et j’adore garder mes élèves trois ans, les voir grandir, mûrir, avoir le temps ! Et même défaut, ceux avec qui ça passe mal, on les garde. C’est d’ailleurs réciproque pour eux : ils nous supportent 3 ans … avec plus ou moins de plaisir.

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    1. Ayleen & Kyban

      Mais du coup, n’y a-t-il pas plus d’efforts de la part des élèves et parents sachant que c’est pour 3 ans ? (Voire des enseignants ? ^^ ou plutôt disons une approche différente)

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      1. melimelune (Auteur de l'article)

        Sans doute 😉

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  6. Cornafion

    Il y a deux ans j’avais une classe de ce2, j’en ai gardé 7 en cm1-cm2 l’année suivante (1 a ensuite déménagé), et tous les cm1 de ce double niveau (16 au total) je les ai suivis cette année en cm1-cm2 à nouveau, mais avec des nouveaux cm1! Bref, j’en ai suivi 6 pendant 3 ans et les deux tiers de ma classe deux années de suite, et j’ai adoré! Mais il y a également quelques points négatifs que tu as noté, et cette « familiarité » avec certains qui peut déplaire…
    A la rentrée je repasse en ce2, avec uniquement de nouvelles têtes, ça m’angoisse légèrement!!!

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    1. melimelune (Auteur de l'article)

      Tout comme moi…

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  7. Sobelle

    En tout point d’accord avec toi… Pour ma part, j’ai un CM1-CM2 depuis plusieurs années et je garde mes CM1 en CM2, ce qui est génial car on a les avantages que tu as expliqué et en même temps un renouveau ce qui limite les inconvénients cités. Je me régale, la classe se met en route tellement vite !!!

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  8. melimelune (Auteur de l'article)

    Un jour, je mettrai ça en place 🙂 J’aimerais beaucoup rouler de CE1 en CE2…

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  9. Delfynus

    Moi je fais souvent ça, en suivant mes CP en CE1. Et c’est que du bonheur! Et à la rentrée tu fais quoi?

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    1. Delfynus

      Ah bah j’ai visiblement sauté la dernière phrase!!! Je retire ma question 🙂

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    2. melimelune (Auteur de l'article)

      Je retourne en CE2 !

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